Les Renés :

Artistes du Qiagen,

esthètes du marathon


I. Introduction


    On peut être un scientifique, même un bon scientifique – ils sont nombreux à l'avoir été. On peut être un coureur à pied, même un bon coureur à pied – ils n'ont jamais manqué. Mais les scientifiques coureurs à pied sont rares, et plus encore, les scientifiques coureurs à pied dont l'équipe s'appelle «les Renés». C'est ce qui distingue les Renés, ce qui les particularise dans l'histoire de l'humanité, et c'est la raison pour laquelle nous allons nous pencher sur leur formidable saga.


Mens sana in corpore sano

Mens sana in corpore sano



II. Le mythe


    Un matin brumeux dans les premiers mois d'une des premières années du millénaire, trois compagnons décidaient de se lancer dans une épopée homérique, le légendaire Relais de la Sicovale. Depuis la plus haute Antiquité, tous les héros du bitume toulousain se mesuraient à ce monument de l'effort pédestre : un relais par équipes de cinq, dont chaque relais devait bien approcher la dizaine de kilomètres, et quelques décamètres de dénivelé. Une monstruosité. À ce formidable défi physique, s'ajoutait une épreuve mentale surhumaine : les trois compagnons n'étaient, donc, que trois, alors que la course était ouverte aux équipes de cinq. Parfaitement à jour des dernières avancées de la recherche mathématique (et notamment des découvertes les plus récentes qui ont abouti à la notion de la soustraction), nos héros allaient donc devoir trouver deux équipiers supplémentaires. Enfin, et c'était peut-être finalement la plus terrible des épreuves qui les attendaient, les Renés allaient devoir se choisir un nom. Ce qu'ils firent, et (zut, j'ai vendu la mèche), ils choisirent de s'appeler «les Renés» – un nom qui évoque à la fois le courage, la vitesse sur 10 km, et la recherche en biologie moléculaire, comme chacun sait ; le nom s'est donc imposé de lui-même, pour ces raisons évidentes.


Les trois compagnons avaient de même brillamment surmonté l'épreuve mathématique, recrutant un ami coureur quelques jours avant la course, et un coureur isolé qui cherchait quatre compagnons pour s'inscrire, le jour de la course. Vous l'aurez compris, nous avons affaire à cette race d'hommes qui ne se laissent pas impressionner par la difficulté, et vous ne serez donc pas surpris d'apprendre qu'ils ont vaillamment couvert leurs cinq dizaines de kilomètres avec grâce et célérité, s'octroyant une méritoire quatrième place au classement général. Les Renés étaient nés. La légende allait commencer …


Le relais de la Sicovale (2003) : La course mythique

Le relais de la Sicovale (2003) : La course mythique



III. La réalité


    Jérôme («Mollets d'acier»), Denis («Poumons en feu») et Hervé («Cheval fou») avaient envie de courir le Relais de la Sicovale 2003, mais manque de chance il leur manquait deux partenaires. Frédéric, un ami d'Hervé, et Michel, rencontré providentiellement au stand des inscriptions, complétèrent efficacement le trio. C'est alors qu'on leur demanda comment l'équipe allait s'appeler (il fallait un nom, le formulaire était prévu comme ça) ; après un moment de désarroi bien légitime, et devant l'impatience du préposé aux inscriptions, nos cinq coureurs donnèrent un nom (inspiré par l'apostrophe d'un des organisateurs à son ami, de l'autre côté de la pièce : «René, tu veux un café ?»). «Les Renés ! On n'a qu'à s'appeler les Renés ! Qu'est-ce que vous en pensez, les gars?» s'écria Jérôme. Impressionnés par un tel esprit d'à-propos, ses quatre coéquipiers acquiescèrent. Les Renés étaient nés (et re-nés (*)).


Le relais de la Sicovale (2009): «Cheval fou» is back.  Le relais de la Sicovale (2009): «Cheval fou» is back.  

Le relais de la Sicovale (2009) : «Cheval fou» is back


(*) Calembour. Contactez le webmaster pour des explications si nécessaire.



IV. Comme les trois mousquetaires, les Renés sont trois. Ou quatre. Ou cinq. Ou n (avec n ∈ \N)


    Les années passant, les effectifs des Renés fluctuèrent au gré des déménagements, des départs en post-doc et des retraites sportives. Les Renés se sont longtemps résumés à Jérôme et Denis, mais le retour d'Hervé des États-Unis (en 2009), puis le recrutement de Patrice («Rate écarlate», Marvejolais-Mendois depuis 2011, et marathonien depuis 2014) en 2011, celui de Didier («Tendon de pierre», un investissement qui s'est avéré payant, puisque Didier n'a pris sa retraite sportive que le lendemain de sa première course, Marvejols-Mende 2012), enfin celui de Célia (« Hanche d'airain », la dernière recrue de notre mercato, première Renette de l'Histoire) en 2014, ont relancé la dynamique démographique des Renés (figure 1).


Les effectifs de l'équipe au cours des âges


Figure 1 L'effectif de l'équipe au cours des âges


Les Renés ne refusent jamais un nouvel équipier ; il est donc prévisible que, la notoriété aidant, des foules de coureurs s'affilient en masse à la glorieuse bande. La croissance impressionnante de l'effectif de l'équipe (qui est passée de seulement 5 coureurs à sa création, en 2003, au nombre incroyable de 5 coureurs en 2014, seulement onze ans plus tard) n'est certainement pas terminée, et il ne faudrait pas s'étonner de voir bientôt des pelotons entiers de Renés sur les grandes classiques de l'athlétisme mondial : la course de l'omelette géante de Bessières, la corrida de Cugnaux, le trail du cassoulet …


Marvejols-Mende (2011): le bizutage de «Rate écarlate»

Marvejols-Mende (2011) : le bizutage de «Rate écarlate»



Marvejols-Mende (2012) : l'intronisation de « Tendon de pierre »

Marvejols-Mende (2012) : l'intronisation de «Tendon de pierre»



Les Renés, cuvée 2014

Marathon et 100 km de Millau (2014) : la parité fait timidement son entrée chez les Renés



Le lecteur l'aura bien compris, on ne devient pas René du jour au lendemain ; une fois admis dans la congrégation, l'impétrant ne manifeste pas immédiatement tout le phénotype René. Le document vidéo ci-dessous illustre remarquablement le phénomène : à l'occasion de l'arrivée de son premier Marvejols-Mende, Rate écarlate a fait preuve du légendaire fair-play des Renés en se laissant charitablement doubler par des wagons entiers de vétérans à casquette. L'esprit conquérant reprenant le dessus, il en redouble au moins trois ... après la ligne d'arrivée. Il a fallu, à l'heure du debriefing, lui expliquer la signification de cette ligne jaune sous l'arche gonflable. Car c'est aussi ça, être un René : c'est évolutif ; un René n'arrête jamais d'apprendre, de s'améliorer, de se perfectionner, jusqu'à la maîtrise complète de concepts aussi abscons et sophistiqués que celui de la ligne d'arrivée ...


Marvejols-Mende (2011) : l'arrivée de «Rate écarlate»


V. Le cri de guerre


    Les chevaliers du roi de France lançaient leur fameux «Montjoie, Saint-Denis !» en se précipitant dans la mêlée furieuse. Les soldats japonais, leur terrifiant «Banzaï !». Les Renés, républicains et pacifistes, ont inventé leur propre cri de guerre qui, c'est certain, entrera lui aussi dans l'Histoire. Ce cri de guerre, qui résume tout à la fois la confiance sereine du futur vainqueur, l'excitation du combat, la soif d'en découdre, c'est, bien sûr : «On y est !».


Souvent prononcé avec une voix hésitante, la gorge nouée et les tripes entortillées par le trac de l'avant-course, dans les odeurs d'huile camphrée et le brouhaha du peloton sur la ligne de départ, ce cri de guerre leur permet (à défaut de gagner la course) d'au moins avoir quelque chose à dire pour se donner une contenance en attendant le coup de pistolet. Les Kenyans de Marvejols-Mende ont depuis longtemps appris à reconnaître le cri de guerre des Renés – quand ils l'entendent résonner sur le boulevard de Marvejols, ils savent que les biologistes toulousains sont dans la place, et que les places seront chères sur le podium de Mende ...


La Panoramique (Luchon - Superbagnères) (2009)

La Panoramique (Luchon-Superbagnères) (2009)



VI. Les Renés cent-bornards


    Non, le Cent-bornard n'est pas un gros chien de montagne qui se promène avec un tonnelet de rhum. Ça, c'est le Saint-Bernard, ça se prononce presque pareil, mais ce n'est pas la même chose. Le Cent-bornard, c'est (guère moins ridiculement) un coureur qui s'amuse à courir 100 kilomètres, juste pour voir si ça fait pareil que d'en courir 10. Animés par une curiosité sans égale, et toujours à la recherche de nouveaux défis, les Renés ne pouvaient décemment pas laisser se courir de telles courses sans y participer … Il leur manquait juste un prétexte. Les 40 ans de Jérôme, en 2010, en fournirent un bien suffisant, et c'est donc cette année-là que nos héros se sont, pour la première fois, lancés à l'assaut d'un ultra-marathon.


Quitte à courir un 100 bornes, autant courir le 100 bornes – je veux bien sûr parler des 100 km de Millau. Une histoire légendaire (la doyenne des courses d'ultra-fond en France !), un profil topographique terrifiant, et, comble de l'effroi, les témoignages homériques de leurs collègues Yves et Gérard, qui les avaient déjà courus, voilà les ingrédients qui attirèrent les Renés à Millau en ce 25 septembre 2010.


Habitués à faire parler d'eux, les Renés ne sont pas passés inaperçus lors de leur premier 100 bornes. C'est ainsi que Jérôme et Denis se sont payé le luxe de passer la ligne de départ en 1608ème et 1609ème positions (sur 1609 participants aux 100 bornes), et de signer l'une des plus spectaculaires remontées de l'histoire de la course, puisqu'ils passeront la ligne d'arrivée en 1100ème et 1101ème positions, seize heures et cent kilomètres plus tard … Cette course donnera également à Patrice, futur «Rate écarlate», l'occasion d'accompagner à vélo la course de Denis, et commencer ainsi son immersion dans le monde merveilleux des Renés – quelques mois plus tard, il était officiellement adoubé René à l'occasion de son premier Marvejols-Mende ...


Les 100 km de Millau (2010)

Les 100 km de Millau (2010)



Les 100 km de Millau (2011)

Les 100 km de Millau (2011)



Les 100 km de Millau (2012)

Les 100 km de Millau (2012)



Les 100 km de Millau (2013)

Les 100 km de Millau (2013)



Les 100 km de Millau (2014), photo 1

Marathon et 100 km de Millau (2014). Ravitaillement préventif la veille de la course.



Les 100 km de Millau (2014), photo 2

Marathon et 100 km de Millau (2014). Hervé et son modeste groupe d'accompagnateurs.


VII. Les Renés dans l'Histoire

    Les innombrables succès des Renés, tant en matière scientifique qu'en matière sportive (tellement innombrables qu'il serait vain de chercher à en dresser la liste ici), leur ont valu une solide réputation dans les deux communautés, chercheurs et athlètes. On ne compte plus les proverbes et expressions courantes qu'ils ont inspirés («rapide comme un René», «à l'aise comme un René le long du canal», «confiant comme un René sur le Goudard» ou sa variante «confiant comme un René à Tiergues» …).


Plusieurs grandes figures de l'Histoire ont également rendu hommage aux Renés, dans des citations restées célèbres :


«Si je n'étais dauphin, je voudrais être un René» (Henri II)

«Les Renés ne peuvent être les Renés sans la grandeur» (Charles de Gaulle)

«Je sais, quand il le faut, quitter la peau du lion pour prendre celle du René» (Napoléon)


Ici commence l'enfer

«Ici commence l'enfer», le tag légendaire sur le goudron de Marvejols-Mende, au pied du Goudard


VIII. Père Castor, une histoire !

    Jamais avares d'histoires savoureuses, les Renés sont capables de passer plus de temps à vous raconter une course qu'à la courir. Les archives d'Internet ont consigné quelques-uns des comptes-rendus de course de la glorieuse bande :


Les Renés : Marvejols-Mende (2009, 2010, 2011) :

Diaporama
Les Renés : la Panoramique (6 septembre 2009) :

Diaporama
Les Renés : les 100 km de Millau (25 septembre 2010) :

Diaporama
Les Renés : les 100 km de Millau (24 septembre 2011) :

Diaporama
Hervé : les 100 km de Belvès (14 avril 2012) :
L'écrit
L'oral
Les Renés : les 50 et 100 km de Belvès (14 avril 2012) :

Diaporama
Les Renés : Marvejols-Mende (22 juillet 2012) :

Diaporama
Hervé : les 100 km de Millau (29 septembre 2012) :
L'écrit
L'oral
Les Renés : les 100 km de Millau (29 septembre 2012) :

Diaporama
Hervé : le marathon de Barcelone (17 mars 2013) : L'écrit
Hervé : les 100 km de Millau (28 septembre 2013) :
L'écrit
L'oral
Hervé : le marathon de Paris (6 avril 2014) : L'écrit

Hervé : le marathon de Taipingshan (8 juin 2014) : L'écrit
Hervé : les 100 km de Millau (27 septembre 2014) :
L'écrit
L'oral
Hervé : les 100 km de Belvès (25 avril 2015) :
L'écrit
L'oral

   Bien souvent, les Renés n'ont pas à prendre la peine de conter eux-mêmes leurs faits d'armes : ce sont leurs adversaires, subjugués par la pointe de vitesse des biologistes volants, qui se chargent de propager la légende, troubadours modernes des exploits de nos chevaliers du bitume. Au cours d'un épisode fameux, des champions kenyans de Marvejols-Mende ont été littéralement laissés sur place par deux Renés à l'échauffement ; depuis ce jour de juillet 2012, la langue swahili s'est enrichie d'un nouveau mot, «René», qu'on traduit usuellement par «éclair» ou par «bourrasque», selon le contexte. Fait rarissime, l'événement a été filmé par un vidéaste amateur (la vitesse des Renés, et, dans une moindre mesure, des Kenyans, empêche généralement le caméraman de réussir sa prise de vue). Le fait que les Kenyans eux-mêmes étaient également à l'échauffement n'enlève évidemment rien à l'intérêt de ce document, que voici :





IX. L'ubiquité des Renés

    Le 26 juillet 2015, les physiciens du monde entier ont assisté à un phénomène extraordinaire : tout comme les photons en physique quantique, les Renés peuvent se trouver à plusieurs endroits différents au même instant. Cette observation, inédite à l'échelle macroscopique, révolutionne nos connaissances sur la dualité onde/corpuscule, et ouvre de nouvelles perspectives sur l'essence fondamentale des Renés, dont cette expérience révèle pour la première fois la nature ondulatoire.
L'animation suivante résume les observations collectées au cours de cette expérience historique :





Arrivée de Jérôme au semi du Ventoux 2015

L'arrivée (sous escorte) de Mollets d'acier au semi du Ventoux 2015 :
«On a marché sur la Lune» (d'autres y ont couru ...)




Trois Renés au Ventoux (26/07/2015)

Trois Renés au sommet du Mont Ventoux (26 juillet 2015)




Deux Renés à Marvejols-Mende (26/07/2015)

Deux Renés au départ de Marvejols-Mende (si si, cherchez bien ...) (26 juillet 2015)


X. Le mot de la fin

    Être un René, c'est faire sa biblio dans les dortoirs des lycées de Mende, dans un bunlagow du côté de Millau, ou dans un gîte entre Sarlat et Belvès. C'est un état d'esprit. On ne devient pas René, on naît René. Si l'un de vos proches fait du fractionné sur les côteaux vers Pechdavid pendant le téléchargement des résultats de ses requêtes BLAST, ne le brimez pas, ne vous moquez pas de lui – c'est un René qui s'ignore, l'avenir lui appartient.


Les (50) 100 km du Périgord Noir, à Belvès (2012)

Les 50 et 100 km du Périgord Noir, à Belvès (2012)


X. Liens


    Si vous êtes comme St René, et que «vous ne croyez que ce que vous voyez», alors cliquez …


Les 100 km de Millau - «L'autre dimension» :
Édition 2010
Édition 2011
Édition 2012
Édition 2013
Édition 2014


Marvejols-Mende - «La course de légende» :
Éditions 2008, 2009, 2010, 2011, 2012, 2013 et 2014


Luchon - Superbagnères - «La Panoramique» :
Édition 2009
Édition 2010